Un regard amusé sur l'actualité

Alerte rouge en Méditerranée
4 mai, 2015, 16 h 30 min
Classé dans : Non classé

Alerte rouge. Deux mots qui reflètent ce qu’est aujourd’hui l’enfer de la Méditerranée. 900 migrants, davantage peut-être, ont trouvé la mort dans la nuit de samedi à dimanche dernier au large de la Sicile. Lundi soir, une nouvelle fois, deux embarcations, cent personnes dans la première – un canot pneumatique –, près de trois cents dans l’autre, émettaient des appels de détresse. Chaque nuit, le drame. En 2014, ils ont été 110?000, originaires pour la plupart de Syrie ou d’Éthiopie, à s’embarquer sur des rafiots à partir de la Libye pour atteindre les côtes italiennes. 3?400 d’entre eux ne seront jamais arrivés sur les côtes italiennes. Dans les premiers mois de 2015, le nombre de ces pauvres gens prêts à tout, y compris à mourir, n’a cessé de croître. Avant même le drame de cette fin de semaine, neuf cents d’entre eux ont déjà trouvé la mort dans cette mer, mare nostrum, devenue aujourd’hui la mer la plus mortelle du monde. Les causes, on les connaît?: l’Europe, la France et la Grande-Bretagne notamment n’y sont pas étrangères. Pour vouloir mettre fin au règne de Khadafi, avec le rêve de faire en quelques semaines une démocratie d’un pays depuis toujours sous le joug, une intervention militaire s’est achevée en octobre?2011 en véritable chaos. Déjà, avant l’intervention militaire, la Libye était la plaque tournante de l’immigration venue du Moyen-Orient et d’Afrique. Après la chute du système Khadafi, ce fut bien pire. Et avec le gigantesque désordre qui a suivi le printemps arabe en Égypte et la guerre civile en Syrie, plus nombreux désormais sont ceux qui décident chaque soir de tenter l’aventure de la migration, même s’ils savent qu’ils mettent leur vie en péril. Tout, plutôt que rester dans ces pays de guerre et de mort. Aujourd’hui, nous voici confrontés à ce qui est, sans avoir peur des mots, un des plus grands mouvements migratoires qui soient, en tout cas, le plus important du XXIe?siècle. Voici l’Italie prise à la gorge, croulant sous le poids de ces nouveaux arrivants, bouleversée, comme bien d’autres, devant ces morts inutiles, ces corps emballés dans des housses macabres, ces pauvres gens hébétés. Voici l’Europe tout entière dans le piège. Que faire?? Jusqu’où ira le tsunami des réfugiés, et comment y faire face?? Les bons sentiments ont longtemps servi d’alibi à la réalité qu’affrontent depuis longtemps des habitants de l’île de Lampedusa, ou des ports de Sicile. Aujourd’hui, impossible de fermer les yeux devant cet exode massif. Impossible de laisser l’Italie assumer seule, en Europe, cette charge trop pesante. “Infaisable aussi, pas seulement parce qu’aucun continent ne peut accepter toute la misère d’un autre, mais aussi parce que ce serait risquer d’autres désordres, dont, partout en Europe, la montée des partis d’extrême droite” Repousser les migrants, les condamner à mort en leur refusant assistance, les ramener de force sur les côtes qu’ils viennent de quitter?? Difficile d’en supporter l’idée dans nos pays démocratiques. Ouvrir les portes à tous les malheureux du monde?? Accepter que des trafiquants le plus souvent connus comme proches de Daech chargent leurs pauvres chalutiers jusqu’à la gueule pour expédier leurs cargaisons humaines de l’autre côté de la Méditerranée, recevoir tous ceux qu’ils veulent bien nous expédier, après les avoir dépouillés et exposés au pire?? Infaisable aussi, pas seulement parce qu’aucun continent ne peut accepter toute la misère d’un autre, mais aussi parce que ce serait risquer d’autres désordres, dont, partout en Europe, la montée des partis d’extrême droite. Alors?? Alors l’Europe est bien obligée de prendre le problème à bras-le-corps, de mettre fin à sa cécité, à celle de ses dirigeants, qui ne sont pas parvenus jusqu’ici à définir une politique migratoire commune. Jeudi, un sommet des chefs d’État et de gouvernement européens, réuni à la demande de Matteo Renzi, doit se réunir à Bruxelles. Dès lundi, une dizaine de propositions étaient mises sur la table par la responsable de la politique étrangère et de la sécurité européenne, l’Italienne Federica Mogherini?: renforcement des opérations de contrôle et de sauvetage qui existent déjà, destruction des embarcations utilisées pour le transport des migrants, arrestations des trafiquants d’êtres humains, répartition des migrants entre les différents pays européens, renvois rapides des candidats à l’immigration non autorisés à rester dans l’Union européenne, coopération avec les pays d’origine et de transit pour réguler les flux migratoires. Comment ne pas être sceptique sur l’efficacité de ces mesures?? Comme l’a dit le président du Conseil européen, Donald Tusk, il serait risqué d’attendre des solutions rapides aux causes profondes des migrations, parce qu’il n’y en a pas?: “S’il y en avait, nous les aurions mises en œuvre depuis longtemps”. Pas de solution magique, en effet. Simplement, l’appel à la responsabilité des pays européens. De ce point de vue, la réaction d’Angela Merkel sera significative?: à la tête d’un gouvernement d’union nationale, où les chrétiens-démocrates gouvernent avec les socialistes, elle ne craint pas les critiques de l’opposition. C’est impossible en France, ou dans d’autres pays où la politique de l’immigration est l’objet de surenchères permanentes. Une nouvelle fois, serait-il possible que, dans ces problèmes compliqués, qui mettent en cause les équilibres de nos sociétés, une sorte d’union nationale se dégage, au moins pour définir sur ce point précis un chemin commun, le moins mauvais possible?? Puisque hélas, il ne semble pas y en avoir de bon.

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