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Ryanair et l’argent public
3 mars, 2017, 15 h 45 min
Classé dans : Non classé

Jusqu’où ira Ryanair pour vous faire voler moins cher ? Peut-être en vous volant directement. Les subventions que Ryanair perçoit de la Métropole de Montpelier sont dans le collimateur d’Anticor. La compagnie, adepte de l’optimisation sociale et fiscale, profiterait largement de ces subventions. Alors que Ryanair vient d’être sacrée une nouvelle fois « première compagnie européenne », la Chambre régionale des comptes et la Commission européenne s’inquiètent de la légalité des subventions accordées à la compagnie aérienne low-cost. Elle empochera cette année la coquette somme de 1,4 million d’euros. Officiellement, c’est pour maintenir l’activité de l’aéroport de Montpellier et faire la promotion de la région. Mais pour Hervé Martin, conseiller municipal et l’un des rares élus à s’y opposer, c’est le résultat d’un chantage clair de la part de Ryanair pour maintenir ses lignes: « Ryanair a un triste jeu: si vous ne me versez pas ces subventions là, au lieu de faire atterrir mes avions sur l’aéroport de Montpelier, j’irai les faire atterrir sur l’aéroport de Béziers, 60 km à l’ouest, ou sur l’aéroport de Nîmes, 50 km à l’est. C’est un chantage de Ryanair auprès des collectivités territoriales. » Un chantage qui coûte cher, 7 millions d’euros perçus sur 5 ans, et dont les retombées touristiques et économiques restent à prouver. Anticor, une association de lutte contre la corruption, qui a révélé le dossier en 2015, s’interroge sur l’utilisation de cet argent: « les compagnies low-cost Easy Jet, Transavia et Volotéa dépassent largement le trafic de Ryanair, et ce, sans aucune subvention. »En décembre dernier, la Cour régionale des comptes a estimé que les subventions versées présentent « l’existence d’un risque financier et juridique: elles sont potentiellement incompatibles avec la réglementation européenne sur les « aides d’État » ». La Commission européenne, à laquelle les aides publiques doivent être notifiées, a fait savoir qu’elle n’avait pas connaissance du dossier. « Elles sont, de fait, illégales », estime Marie Hugon, responsable du dossier pour Anticor. « Il y a un problème au niveau européen effectivement. Il faut se rendre à l’évidence: la puissance de ces entreprises-là est énorme. Et du coup, ils profitent de cette puissance-là. Les lobbies économiques sont très très forts, tant au niveau local qu’au niveau européen. Tant qu’il n’y aura pas une vraie décision de justice pour faire rentrer les choses dans l’ordre, ça sera difficile », poursuit Hervé Martin. Comme les collectivités ne peuvent pas signer de contrat de marketing directement avec des compagnies aériennes, les subventions transitent par l’Association de Promotion des Flux Touristiques et Économiques (APFTE). Composée d’entreprises privées, son fonctionnement opaque a régulièrement été dénoncé. L’APFTE capte des moyens financiers importants, jusqu’à 1,5 million d’euros sur la région selon les années, mais se dispense de publier ses comptes. « On se demande comment les collectivités qui sont amenées à destiner des moyens importants à cette association peuvent également tourner le dos à cette réalité », poursuit Marie Hugon. Les collectivités laissent l’association voler de ses propres ailes, mais se rendent complices d’un système favorisant l’évasion fiscale. L’APFTE verse la subvention à une filiale marketing de Ryanair, Airport Marketing Services. Située sur l’île de Man, la société est sous contrôle de la Couronne britannique et bénéficie de conditions fiscales particulièrement avantageuses. L’association « n’est jamais qu’une boîte aux lettres finalement » selon Hervé Martin: « Quand on regarde un peu plus près ce travail marketing, en vrai ça correspond à quelques annonces sur le site de Ryanair et quelques autres sites comme ça. Quand je vois les pauvres annonces qui sont déposées sur ces sites, il y a à peine quelques milliers d’euros de travail. Si ça se trouve, c’est fait par des stagiaires niveau BTS, tellement c’est d’une pauvreté affligeante. C’est-à-dire qu’en réalité, le travail marketing n’est qu’un leurre. Ce n’est qu’un alibi pour verser directement de l’argent public dans les caisses de Ryanair. » Un travail marketing low-cost et des retombés touristiques extrêmement discutables. Dans la région Languedoc-Roussillon, le premier segment de tourisme est un segment français, provenant de la région Rhône-Alpes, qui n’a donc pas besoin d’une liaison aérienne pour arriver à destination. Dans les 20 % restants, la clientèle touristique est largement espagnole. Où sont passés les touristes anglais, belges et allemands que la publicité est censée ramener, s’interroge Anticor: « Nous sommes là également dans une impossibilité de vérifier que la clientèle nordique serait importante dans notre région, bien au contraire. »

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