Un regard amusé sur l'actualité

Financer la sécurité sociale
24 octobre, 2017, 17 h 54 min
Classé dans : Non classé

Malgré de nombreux articles dans les tuyaux, ce blog est resté muet depuis plusieurs mois suite à l’élection présidentielle et au cancer nouvellement diagnostiqué d’une amie qui m’est chère. Or ce second événement vient éclairer le premier d’une lumière tellement crue qu’il me semble utile d’en faire le récit, à l’heure où le gouvernement rend public un projet de loi de Finances de la Sécurité sociale (PLFSS) aussi libéral qu’austéritaire. C’est donc l’histoire banale d’une italienne de moins de 30 ans — travaillant et cotisant en France depuis environ un an — qui s’est prise en pleine gueule les « politiques de réduction des déficits en matière de santé publique ». En filigrane, c’est aussi l’histoire d’un Français qui découvre que ces mêmes politiques de « réduction des déficits » parviennent à conjuguer avec un brio insoupçonné l’absurde et le minable. Attention cependant, il ne s’agit en aucun cas de dire que nous serions mal lotis en France relativement à d’autres pays. La comparaison des systèmes de santé est un exercice complexe, mais il est clair que la Sécurité Sociale reste un des modèles les plus performants au monde. Si l’on prend pour référence le modèle américain tristement décrit par Michael Moore dans son documentaire Sicko, toute critique du système français semblera évidemment illégitime. En revanche, si on prend pour référence l’idéal de solidarité censé être la sève de notre système et si l’on refuse d’abandonner l’idée selon laquelle la Sécurité Sociale française se doit d’être un exemple à suivre pour le reste du monde — plutôt qu’une relique du communisme d’après-guerre dont le démantèlement serait inexorable — alors il est peut être utile de pointer du doigt certaines de ses lacunes en partie invisibles pour ceux qui ont la chance d’être en bonne santé. Imaginez donc que vous soyez une jeune femme étrangère arrivée depuis peu dans l’un des instituts scientifiques les plus prestigieux du pays. A priori, vous êtes chanceuse car votre employeur — bien au fait du cauchemar administratif dans lequel vous vous débattez — vous facilite la vie et s’occupe de vous inscrire à la Sécurité Sociale pour vous obtenir une Carte Vitale. Comme vous cotisez déjà, tout se passe apparemment sans heurts et vous commencez vos recherches. Metro-boulot-dodo. Malheureusement, quelques mois plus tard, au beau milieu d’une campagne pour les législatives à laquelle vous ne comprenez rien, il y a cette grosse boule qui apparaît dans votre cou. Au début, vous n’y faites pas trop attention, mais l’inquiétude grandit et vous finissez par la montrer à un ami quelque peu versé dans la médecine. À partir de là, tout s’enchaîne. Rendez-vous chez le généraliste, 2 fois 25€, rendez-vous chez l’hématologue, 2 fois 35€, échographie du cou, 130€, scanner abdomino-thoraço-pelvien, 330€, analyses sanguines, 110€. Tout va très vite. Ça y est, vous avez probablement le cancer. Le hic, c’est que plus de 6 mois après être arrivée en France, vous n’avez toujours pas reçu votre Carte Vitale. Votre médecin généraliste et les sites d’aide aux ressortissants étrangers disent que c’est « normal », mais certains amis français — peut-être un peu gauchistes — vous disent que c’est surtout une stratégie très pernicieuse de « réduction des déficits ». Après tout, n’est-ce pas en partie parce que vous n’aviez pas de Carte Vitale que vous avez tellement tardé à aller chez le médecin en dépit de ces symptômes récurrents qui vous pourrissaient la vie depuis quelques temps? Jusque-là, vous vous en êtes sortie avec ce qu’il y avait sur votre compte en banque, mais vous ne finirez pas le mois sans demander en urgence un virement à vos parents. Ceci étant dit, vous n’avez pas le temps de vous appesantir sur ces premières contrariétés financières. Il faut déjà aller faire un TEP-SCAN, examen durant lequel l’on vous injectera une solution de sucre radioactif permettant de bien mettre en lumière les cellules cancéreuses voraces qui, parait-il, vous rongeraient en douce.

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